La conscience de l’être

Selon Gautama le Bouddha, la douleur et la souffrance naissent du désir ou des compulsions et pour s’en libérer, il faut éliminer la subordination au désir.

Pour trouver un substitut à la joie, qui est le propre de l’Être, le mental cherche le salut ou la satisfaction en désirant des choses extérieures ou dans le futur.

Aussi longtemps que je suis mon mental, je suis aussi ces envies, ces besoins, ces manques, ces attachements et ces aversions. À part ceux-ci, il n’y a pas de « je », sauf sous la forme d’une infime possibilité, d’un potentiel non réalisé, d’une graine qui n’a pas encore germé.

Dans cet état-là, même mon désir de me libérer ou d’atteindre l’éveil n’est encore qu’une autre envie axée sur une satisfaction et un accomplissement futurs.

Ne cherchez donc pas à vous libérer du désir ni à « atteindre » l’illumination. Apprenez à être présent. Soyez celui qui observe le mental. Au lieu de citer Bouddha, soyez Bouddha. Soyez « celui qui est éveillé ». C’est ce que le mot bouddha veut dire : éveillé.

Les humains sont en proie à la souffrance depuis toujours, depuis qu’ils sont sortis de l’état de grâce, qu’ils sont entrés dans le règne du temporel et du mental, et qu’ils ont perdu la conscience de l’Être.

Dès ce moment-là, ils ont commencé à se percevoir comme d’insignifiants fragments évoluant dans un monde étranger, coupés de la Source et des autres.

La douleur et la souffrance sont inévitables tant et aussi longtemps que vous êtes identifié à votre mental, c’est-à-dire inconscient spirituellement parlant.

Je fais ici surtout référence à la souffrance émotionnelle, également la principale cause de la souffrance et des maladies corporelles. Le ressentiment, la haine, l’apitoiement sur soi, la culpabilité, la colère, la dépression, la jalousie, ou même la plus petite irritation sont sans exception des formes de souffrance.

Et tout plaisir ou toute exaltation émotionnelle comportent en eux le genre de la souffrance, leur inséparable opposé, qui se manifestera à un moment donné. N’importe qui ayant déjà pris de la drogue pour « décoller », sait très bien que le « planage » se traduit forcément par un « atterrissage », et que le plaisir se transforme d’une manière ou d’une autre en souffrance.

Beaucoup de gens savent aussi d’expérience avec qu’elle facilité et rapidité une relation intime peut devenir une source de souffrance après avoir été une source de plaisir.

Si on considère ces polarités négative et positive en fonction d’une perspective supérieure, on constate qu’elles sont les deux faces d’une seule et même pièce, qu’elles appartiennent toutes deux à la souffrance sous-jacente à l’état de conscience dit de l’ego, à l’identification au mental, et que cette souffrance est indissociable de cet état.

Il existe deux types de souffrance: celle que vous créez maintenant et la souffrance passée qui continue de vivre en vous, dans votre corps et dans votre esprit.

Eckhart Tolle
Extrait du livre : Le pouvoir du moment présent - Guide d’éveil spirituel